Il y a quelques mois de cela, “Rock & Folk” avait publié un article sur le thème “C’est quoi un chanteur rock?”. Le papier se contentait hélas de lister et de commenter le style vocal des seuls chanteurs de sexe masculin… et c’est bien dommage. Sans vouloir me lancer dans des développements douteux du genre “le rock a-t-il un sexe?” et autres conneries essentialistes, je voudrais tenter d’apporter un complément à l’article en question, en rendant hommage aux figures féminines marquantes du rock. Histoire de remettre les pendules à l’heure.  Encore une fois, cette liste ne se veut pas exhaustive, ayant pour limites mes seuls goûts et coups   de coeur en matière de rock. Et vous?

Commençons  par les grands classiques, les pionnières, bref, les grandes dames du rock. Les figures féminines marquantes du rock commencent à émerger véritablement aux Etats-Unis  à partir de la fin des années 60, dix ans après l’apparition du genre (on la fait généralement remonter à l’année 1954, date du premier enregistrement d’Elvis Presley chez Sun Records, à Memphis.) Jusque-là, les chanteuses à succès ne manquent pas, mais elles font davantage carrière dans d’autres genres musicaux: la country (June Carter, épouse de Johnny Cash), la soul (Aretha Franklin, Tina Turner, etc.) et plus généralement la pop, avec notamment le phénomène des girls bands (The Ronettes, The Chiffons, The Supremes, The Shangri-La’s, etc.) Cliquez sur les liens pour entendre le son.

joplinC’est Janis Joplin qui devient la première icône féminine du rock. Tous les ingrédients sont réunis: vie en marge, sexe, drogues, rock’n'roll et mort par overdose à l’âge de 27 ans (cf l’article sur les morts célèbres du rock publié sur ce site par Sgenmaster il y quelques mois). On retient d’elle avant tout sa voix d’une exceptionelle puissance et son interprétation radicale de ses chansons, ce qui aboutit à une musique au croisement du rock et du blues, Joplin étant une grande fan de chanteuses de jazz comme Billie Holiday et surtout Bessie Smith.

Joan_BaezJoan Baez: je ne suis pas une fan absolue (à part le live à Woodstock et l’album “Farewell Angelina“), mais c’est tout de même grâce à elle et à son amant de l’époque (un certain Bob Dylan) que le rock s’est trouvé une conscience politique. D’aucuns ne manqueront pas de dire que le protest-song n’est pas du rock mais un sous-genre du folk, mais ne chipotons pas. D’autant que l’héritage de la belle, autant sur le plan de l’attitude que sur celui de la musique et de la voix,  a largement dépassé les frontières musicales (cf, au hasard, Alanis Morissette, Tori Amos et Dolores O’Riordan)

Grace Slick: chanteuse de Jefferson Airplane, groupe phare de la scène psychédélique californienne des années 60, aujourd’hui un peu passé dans l’ombre des Doors, et c’est bien dommage. Leur son a parfaitement bien vieilli, et la belle voix grave de Grace Slick y est sans doute pour quelque chose. Il faut aller voir du côté des excellents “After Bathing at Baxter’s”, et de “Surrealistic Pillow”, qui contient le magnifique “White Rabbit”, hommage à “Alice au Pays des Merveilles”, et qui est en fait, on s’en serait douté, une ode au LSD. Signalons au passage que cette chanson reste un ovni dans le domaine du rock, puisqu’elle ne comporte ni couplets, ni refrain – juste (façon de parler) un thème mélodique montant crescendo…

pattismith1101318095357275Patti Smith: l’autre grande prêtresse du rock avec Janis Joplin. Souvent cataloguée “marraine” du punk”, sa musique va en fait au-delà des caractéristiques du genre*, puisqu’elle mêle ballades, rock à guitares et performance poétique. Patti Smith n’a en effet jamais dissimulé son admiration pour Arthur Rimbaud. Que d’émotion dans cette musique! Tout est beau, rien à jeter. La preuve avec “We Three“, extrait de l’album “Easter”

Debbie Harry: chanteuse et sex-symbol de Blondie. Le succès du groupe doit beaucoup à sa plastique, mais ce serait faire injure à ses talents de vocaliste, sa marque de fabrique étant un ton faussement ingénu, comme sur le titre “Heart of Glass” – à mon avis un sommet du rock tendance pop. Venu de la scène punk new-yorkaise, Blondie a, selon les puristes, mis de l’eau dans son vin à partir de l’album “Parallel Lines”, mais leur musique reste quand même de très bonne tenue, n’en déplaise aux grincheux.

    Continuons avec les icônes underground:

nico_p1Nico, de son vrai nom Christa Päffgen: mannequin allemand repéré dans les années 60 par Andy Warhol, qui en fait l’une de ses égéries. Elle devient bientôt, selon l’appellation de Warhol, chanteuse au sein du Velvet Underground, où elle interprète notamment “Femme Fatale” et “All Tomorrow’s Parties“. Sa voix très grave, à la limite du chanter-faux, est l’un des signes distinctifs du groupe, avec les paroles on ne peut plus ambigues de Lou Reed et le violon de John Cale. Les quatre albums solo de Nico sont de véritables perles, entre ballades tristes et influences folk et tradi, à (re)découvrir d’urgence.

ninahagenNina Hagen: chanteuse ô combien emblématique du punk allemand. Berlinoise de l’est passée de l’autre côté dans sa jeunesse, elle fréquente les milieux alternatifs de Londres avant de revenir en Allemagne avec l’album Unbehagen (1979), sur lequel figure “African Reggae“. Question voix, la Hagen met tout le monde K.O.: elle crie, miaule pour se transformer en chanteuse lyrique dans la seconde qui suit. Un peu comme du Björk avant l’heure, en quelque sorte. Depuis, Nina Hagen est devenue bouddhiste et voit des extra-terrestre , mais elle a aussi enregistré une très belle version de l’Opéra de Quat’ Sous.

Siouxsie01Siouxsie Sioux: chanteuse de Siouxsie and the Banshees. De son vrai nom Susan Ballion, elle intègre les débuts de la scène punk londonienne en tant que membre du Bromley Contingent ( fans de la première heure des Sex Pistols, et dont le look est au fondement du style punk). Elle fonde ensuite les Banshees, dont le son à l’origine punk devient plus mélodique à partir de “Kaleidoscope” (1980) qui, s’il ne contient pas de synthés, annonce néanmoins The Cure et la new wave par ses ambiances hypnotiques et des paroles un tantinet torturées. Quant aux chansons elles-mêmes, je recommanderais “Clockface”, “Christine”, Israel”, et, sur d’autres albums, “Hong Kong Garden” (qui fait partie de la B.O. de “Marie-Antoinette”) et le très émouvant “Sick Child”.

RunawaysLa liste commence à se faire longue, mais il faut également mentionner les Runaways (“Les Fugueuses” en français), premier groupe de Joan Jett, et qui valait aussi par le personnalité et la voix de camionneur de Cherrie Currie, surnommé “le Iggy Pop au féminin”. Leur titre le plus “connu” est “Cherry  Bomb“, qui porte bien son nom tant c’est délicieusement bourrin et violent. Elles annoncent ainsi le mouvement des riot grrl (je vous renvoie à Wikipedia pour de plus amples détails), dont le mot d’ordre “Girl Power” a ensuite été récupéré par cinq pouffes anglaises que je ne nommerai pas…)

Plus près de nous, que seraient le rock et la pop sans Sinéad O’Connor, Kate Bush et Tori Amos? Belles voix, paroles du tonnerre et mélodies complexes sont alors au rendez-vous.Je ne m’étendrai pas ici sur le cas Alanis Morrissette, qu’on ne présente plus, et dont je ne suis plus vraiment fan aujourd’hui, même si j’écoutais “Jagged Little Pill” en boucle lorsque j’étais ado… Mes véritables coups de coeur demeurent sans conteste Björk et PJ Harvey.

Björk est-elle vraiment rock, me demanderez-vous avec raison? Certes, elle donne avant tout dans l’électro, mais son attitude est on ne peut plus rock: prises de bec musclées avec les journalistes, cuites en série et remplissage régulier des plus grands stades de la planète. Mais foin de justifications, sa musique est une des meilleures choses qui soient arrivées durant ce désert musical qu’a été la deuxième moitié des années 90. Et puis, vous connaissez beaucoup de chanteurs capables de monter aussi haut dans les aigus sans jamais passer en voix de tête?

pjharvey

Quant à PJ Harvey, c’est à la fois très agressif -  surtout ““Dry” où la belle dit à son amant qu’il la laisse sèche… hm – et complètement à fleur de peau. Bref, que d’émotion en perspective… Je recommande tout particulièrement deux de ses albums les plus récents, “Stories from the city, stories from the sea” et “Uh Uh Her”.

Voilà, j’espère que ce bref aperçu aura fait quelque peu honneur à la gent féminine rock. Il aurait été bon de parler plus amplement de Lisa Gerrard (Dead Can Dance), de Liz Fraser (Cocteau Twins) ou encore de la jeune garde folk californienne (Alela Diane, Mariée Sioux, Joanna Newsom), mais il se fait tard et on me signale dans mon oreillette qu’Alice Cooper est un homme. Personne n’est parfait.